FRANCOPHONIE ROUMANIE 2006
 

Association des Français de l'Etranger

 

Interview de Mr.Gérard Gouron, président de l’Association Démocratique des Français de l’Etranger et professeur de sciences économiques et sociales au lycée français de Bucarest et de Nicolas Février, trésorier de l’association.

 
 

Pouvez vous nous présenter brièvement votre association et son rôle ?

L’objectif de l’association est d’abord de se faire rencontrer les français de Roumanie mais pas seulement. C’est aussi une association tournée dans la mesure du possible vers la Roumanie et les étrangers francophones.

L’idée est d’essayer de faire des actions de type festives, culturelles, ou autres, dans une ambiance conviviale, sympathique pour que chacun puisse s’y retrouver quelque soit son statut social, mais partageant les mêmes valeurs. L’ADFE est une association qui ne se revendique pas d’un parti politique même si c’est une association qui affirme des valeurs claires de solidarité et de citoyenneté, notamment dans un cadre européen.

L’ADFE Roumanie est une association créée localement en Roumanie avec une section à Constanta qui s’est développée il y a quelques mois.

C’est une association qui dépend d’une ADFE nationale dont le siège est à Paris

A ce titre nous sommes une association reconnue d’utilité publique et siégeons dans des commissions paritaires de l’ambassade, comme la commission pour l’emploi quand elle existait, comme le CCPAS, commission paritaire pour l’action sociale et pour la commission des bourses.

L’autre aspect de notre présence est de pouvoir, dans la mesure de nos moyens, aider les français de l’étranger dans leurs démarches ou dans leurs difficultés financières ou administratives dans la mesure où nous sommes en relation avec le consulat et l’ambassade de France en tant qu’association reconnue. Concrètement, une de nos actions cette année a été de mettre en place une caisse de solidarité afin de pouvoir subvenir aux besoins financiers de français en difficulté passagère.

 

Quelles sont les actions que vous comptez mettre en place ou que vous avez mises en place pour répondre à ces objectifs ?

Concernant la convivialité, nous avons organisé des dîners mensuels au restaurant « Mon Jardin » sur différents thèmes tel que choucroute, cassoulet, moules frites… Au retour des vacances de Noël, une soirée galette des rois a également été organisée à l’Institut Français de Bucarest sans oublier la soirée « Beaujolais nouveau » organisée le 26 novembre 05

Concernant les actions culturelles, nous avons organisé des conférences autour des thèmes européens (L’année dernière c’était sur le projet de Constitution Européenne, le 18 mai sur La Roumanie et l’Union Européenne, bientôt le 8 juin, une conférence sur l’Agriculture en Roumanie avant son intégration ), des projections de film suivis de débat concernant « l’ultime traque des nazis en Europe de l’est », sur la télévision roumaine.

Dans le cadre de la coordination des ADFE de L’Europe Centrale et Orientale en octobre 2005 une conférence sur la francophonie et la langue française dans le monde de François Nicoullaud, président de l’ADFE – fdm a eu lieu. La coordination a réuni les responsables des différentes sections d’Europe Centrale et Orientale ainsi que le président de l’ADFE-Fdm : François Nicoullaud et un sénateur des français à l’étranger Richard Yung.
Cette coordination a été organisée pour, entre autres, préparer les élections à l’Assemblée des français de l’Etranger où l’ADFE présente une liste.

De plus, nous avons également des soirées Tarot, dont la saison s’est clôturée le 25 mai par un concours.

On envisage certaines autres actions avant la fin de l’année mais la saison se termine puisque nous avons l’assemblée générale fin juin, comme tous les ans. Malgré tout, d’ici là, aura lieu une conférence, le 8 juin, avec pour thème l’Agriculture Roumaine et l’adhésion de la Roumanie dans l’Union Européenne, présentée par Christophe Manson spécialiste de l’agriculture à l’ambassade de France. Nous organisons également une soirée récital le 15 juin, qui se déroulera à l’Institut français avec Lena Vieru Conta au piano et Christina Brich au chant.Par ailleurs, nous pensons déjà à des projets pour la saison future, comme notamment une conférence-concert avec un professeur de musique portugais francophone qui a déjà passé un doctorat ès musique en Roumanie. Nous continuerons également les activités à succès de cette année, telle les soirées Tarot par exemple.

 

Qu’apportez-vous à vos adhérents, quel(s) argument(s) utiliseriez-vous pour convaincre un francophone d’adhérer à votre association ?

C’est une excellente question ! Je serais tenté de dire que c’est pourquoi j’ai repris cette association. C’est l’envie de rencontrer des personnes d’horizons différents à la fois professionnel et national et de faire en sorte d’avoir des activités hors du commun qui restent amicales et accessibles pour tout un chacun, avec des gens différents mais partageant les mêmes valeurs d’humanisme, de solidarité, de curiosité de l’autre et de relations humaines.

Si on arrivait à combler le déficit de relations humaines et de partage, ce serait une réussite.

 

Comment considérez vous la place de la Roumanie dans la francophonie ?

Je serais tenté de dire quelle place elle occupait et quelle place elle occupe maintenant.

La Roumanie est un pays très francophone et francophile.

Quand je suis arrivé en 1996, j’ai rencontré un homme qui avait beaucoup de mal à survivre, qui lavait des voitures dans une station service, et qui pourtant parlait parfaitement le français. C’est un pays qui, à mon avis, doit avoir et aura, puisque le sommet de la Francophonie se déroulera à Bucarest en septembre de cette année, une place dans la francophonie.

Personnellement, j’ai participé à trois actions pendant les semaines de la Francophonie en 2005,2004 et 2003 en faisant des interventions sur le cinéma français en Transylvanie et à Bucarest dans l’utilisation du cinéma français en classe de FLE pour des professeurs roumains de français. Pour moi c’est ça la Francophonie. On a dans les actions décentralisées des collèges et des lycées des besoins et des demandes incroyables d’élèves et de professeurs de français qui ont des envies énormes de parler français, de rencontrer la culture française, de rencontrer des français qui viendraient les voir, de voir et d’organiser des activités.

Je crois que le rôle des instituts culturels à Cluj, Timisoara, Iasi ou ailleurs semble fondamental pour dynamiser la francophonie.

Ce qui me fait peur c’est la diminution des crédits dans les domaines de la culture et des affaires étrangères, la baisse de l’intervention de l’Etat risquant de se traduire par des actions moins importantes et surtout moins nombreuses sur le terrain.

Sachant que la Roumanie n’a pas les moyens aujourd’hui de prendre la relève, si la France ne fait rien… la Roumanie n’aura pas les moyens de suivre.

 

Pensez-vous que la Francophonie va se perdre en Roumanie ?

Non, certainement pas, je ne pense pas que la francophonie va se perdre. Il est certain que les chiffres montrent qu’elle reste une langue qui diminue par rapport à l’anglais pour des raisons d’attirance, des raisons technologiques et économiques - il n’y qu’à voir la micro-informatique et les ordinateurs qui attire toute une partie de la population.

Se perdre non, mais je pense qu’il faut être vigilant, vigilant dans la profondeur, dans les actions décentralisées. Je parlais des élections à l’AFE tout à l’heure. Concrètement, la liste sur laquelle je suis, en tant que représentant de l’ADFE, a comme objectif de se battre pour que les décentralisations de terrain restent dynamiques et renforcées, peut être au détriment d’actions plus spectaculaires mais moins efficaces dans la diffusion de la francophonie dans le pays.

L’ADFE d’Europe centrale et Orientale, notamment en Roumanie, est prête à se battre pour que des moyens supplémentaires soient mis à disposition, de telle manière à pouvoir diffuser le français et la culture francophone dans ces pays. Ceci de manière décentralisée et à destination de populations qui sont très demandeuses, notamment de français dans des villes éloignées de la capitale et qui sont, de ce fait, plus difficiles à toucher.

Propos recueillis par Matthieu Fourny et Pablo Grandjean