Rédaction – Dans le domaine de l’instruction militaire ? Quelles sont les collaborations ?
M. Teodor Atanasiu – Des relations bilatérales, nous en avons avec tous les pays membres de l’OTAN, donc y compris avec la France. Par exemple, avec ce pays nous avons environ 48 actions communes prévues pour 2006. Des activités communes, nous en avons aussi avec la Belgique, la Suisse, le Canada, etc. Dans l’espace francophone, nous avons également des représentants militaires agissant sous l’égide de l’ONU. Par exemple, dans les pays francophones d’Afrique, la plupart sont au Congo, environ 22.
D’un bon niveau sont, par exemple, les relations dans le domaine de l’enseignement militaire et de la formation des personnels. Depuis 1990, on a offert à l’Armée roumaine 385 places à de différents stages de formation en France (361 pour les militaires et 24 pour la fonction publique). Le Canada nous a également donné la possibilité d’apprendre le français et l’anglais chez lui – entre 2001 et 2005, 336 officiers ont suivi des stages de ce type là-bas.
Rédaction – Cela veut dire qu’il y a aussi des militaires français qui viennent ici (n.r. – en Roumanie) ?
M. Teodor Atanasiu – Il y a des exercices communs qui se déroulent en Roumanie et en France, des stages d’entraînement, des échanges d’expérience dans le domaine technique, législatif, etc. Nous en avons plusieurs accords, en commençant avec la gestion des acquisitions jusqu’aux moyens et matériels de combat.
Par exemple, dans le domaine de l’enseignement militaire, du 29 septembre au 2 octobre 2005, une délégation de l’Ecole militaire de Saint-Cyr, présidée par le général de division Jean Coulloumme-Labarthe, a effectué une visite en Roumanie, à l’invitation du commandant de l’Université nationale de Défense « Carol I ».
A niveau des armées, les Forces aériennes roumaines et françaises ont participé à l’exercice commun de vol « Chasseur accompli » tenu à la Base aérienne de Mihail Kogalniceanu du 12 au 24 septembre 2005. D’ailleurs, les Forces aériennes roumaines développent l’instruction en commun avec le partenaire français dès 1997. En 2004 l’exercice s’est tenu en France, à Colmar, et en 2003 en Roumanie, à Timisoara.
A leur tour, les Forces terrestres roumaines, pour donner un seul exemple, ont organisé, du 16 au 22 juin 2005, l’instruction en commun d’une petite unité française d’artillerie aérienne et d’une petite unité du 53 e Régiment de missiles anti-aériens, occasion avec laquelle on a également tenu une cérémonie au Cimetière militaire de Constanta, lors de laquelle les militaires roumains et français ont honoré la mémoire des soldats tombés sur le champ de bataille dans la Guerre de Crimée.
Rédaction – Et comment appréciez-vous la relation avec les militaires français ?
M. Teodor Atanasiu – C’est une très bonne relation. Le Chef d’Etat-Major des Armées françaises, qui a effectué en février 2006 une visite en Roumanie et avec lequel j’ai eu le plaisir de m’entretenir, a dit que les relations étaient très bonnes et que les militaires roumains s’entendaient très bien avec les militaires français ; soit sur le champs de bataille, soit lors de simples applications militaires, ils tentent toujours d’établir une norme et une vision communes.
Rédaction– Que recommanderiez vous pour l’amélioration des relations militaires ? Quelle est votre opinion ?
M. Teodor Atanasiu - La Roumanie se prépare à devenir membre de l’Union européenne. L’Armée roumaine a déjà répondu aux demandes de l’UE en ce qui concerne la Politique européenne de Sécurité et de Défense. Nous souhaiterions des relations plus étroites avec la France et les pays européens du point de vue de la future contribution roumaine à la Politique européenne de Sécurité et de Défense, vu aussi le fait que c’est important que nous soyons un acteur évident et présent dans la vie de l’UE dès le premier jour de notre intégration.
Rédaction– L’armée roumaine est-elle préparée ?
M. Teodor Atanasiu - La Roumanie participe à présent avec 85 militaires à la mission « Althea » de l’Union européenne en Bosnie-Herzégovine et elle participera à la constitution de deux groupements tactiques de combat qui seront mis à la disposition de l’Union : l’un formé avec l’Italie et la Turquie, l’autre avec la Grèce et la Bulgarie.
Rédaction– Comment considérez-vous la transition d’un système qui a été ce qu’il a été et la transition vers l’OTAN ?
M. Teodor Atanasiu - La transition n’a pas été facile. C’est clair qu’un organisme militaire a une grosse inertie au moment du changement et c’est pourquoi ça durera encore quelques années pour réaliser cette transition. Mais il faut aussi changer les mentalités. Il a était nécessaire que de nombreux officiers aillent a des stages à l’étranger, qu’ils aillent voir comment on travaille dans les armées française, belge, canadienne, anglaise, américaine, pour en apprendre et commencer à mettre en oeuvre. Mais je ne peux pas affirmer que c’était si difficile (n.r. – la transition) parce que c’était la décision politique qui n’a pas laissé de place pour en revenir, qui n’a pas laissé de place aux commentaires. Et, en général, dans l’armée, on ne fait pas de commentaires, on exécute les ordres. Et alors, nous avons dû en même temps exécuter l’ordre qui disait « faire comme ça » et changer les mentalités pour pouvoir mieux réaliser le confort de ceux qui l’exécutaient. C’est clair que la nostalgie de l’ancien système est disparue. D’ailleurs, pendant le processus de restructuration, ceux qui avaient des nostalgies sont partis, mais grâce à l’âge et pas aux conceptions. Et les jeunes qui sont arrivés sont instruits en concordance avec d’autres normes, d’autres programmes.
Rédaction – Pour finir. Dans l’espace francophone, nous avons une spécialité qui est la gastronomie. Est-ce que le soldat roumain s’est habitué à la manière française de cuisiner?
M. Teodor Atanasiu - Sachez que ce n’est pas difficile de s’habituer à la gastronomie française, qui est très bonne. Pas seulement les militaires s’y sont habitués, mais aussi les officiels.
Merci, Monsieur le Ministre.
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