Rédaction : Quelle est la place de la Roumanie dans les échanges avec le Liban ?
Ambassadeur : Les relations entre le Liban et la Roumanie se conjuguent en plusieurs temps. Ce sont au départ des relations historiques qui remontent aux temps des Empires et qui ont réussi à rapprocher, par delà les deux mers, noire et méditerranée, des peuples, puis, plus récemment, les deux Etats.
Ces relations se sont peu à peu institutionnalisées. Elles ont pris la forme de coopérations culturelles, artistiques et universitaires. La solidité de ces relations s’exprime également à travers les liens économiques et financiers étroits tissés entre les deux pays. Les exportations roumaines à destination du Liban sont en pleine croissance (près de 150 millions de US Dollars en 2005, en augmentation de 35% par rapport à 2004), et l’ambassade œuvre parallèlement au développement des importations de produits libanais sur le territoire roumain afin de pallier au déséquilibre substantiel comme le montrent les chiffres dont nous disposons (près de 2,5 millions de US Dollars en 2005, en augmentation de quelques 5% par rapport à 2004). Désormais les grandes surfaces disposent de gondoles exclusivement réservées aux produits libanais et les restaurants libanais, à Bucarest ainsi que sur l’ensemble du territoire, font le bonheur des adeptes de la bonne cuisine.
A l’origine de ces relations, nous retrouvons les communautés d’affaires des deux pays qui regroupent des individus et des entreprises à la fois dynamiques et créatifs. La Roumanie occupe à ce titre une place de choix parmi les Etats partenaires du Liban et la multiplication des visites officielles, à tous les niveaux, entre les responsables des deux pays témoigne de l’attachement des deux parties à ce que soit renforcée cette coopération.
Dans la perspective de l’intégration de la Roumanie à l’Union européenne, que nous souhaitons prochaine et réussie, et alors que l’accord d’association entre le Liban et les pays membres de l’Union vient d’entrer en vigueur (le 1 er avril 2006) les relations entre nos deux pays seront appelées à se développer davantage. La libéralisation des échanges sur certains produits entre les deux Etats viendra accélérer les efforts de rapprochement déjà initiés.
Rédaction : Y a-t-il une coopération scolaire et universitaire entre les deux pays ?
Ambassadeur : La coopération universitaire entre les deux pays est riche et variée ; plusieurs étudiants libanais, dont certains bénéficient de bourses octroyées par le gouvernement roumain, suivent leur formation en Roumanie. Ils y étudient les sciences sociales (droit, sciences politiques, sciences économiques et relations internationales, à titre d’exemple) ou y suivent des formations scientifiques (médecine, pharmacie, ingénierie à titre d’exemple). La diversité des formations suivies par les étudiants libanais apparaît également par le niveau des études qu’ils poursuivent, allant du premier cycle universitaire jusqu’aux études doctorales. La majorité des étudiants libanais est à Bucarest, ce qui n’empêche pas certains d’opter pour les capitales régionales. La coopération touche également des domaines telle que la philosophie et les participations croisées de spécialistes en phénoménologie notamment, aux séminaires organisés au Liban et en Roumanie mérite d’être notée.
La communauté libanaise se distingue également par la présence de trois institutions scolaires à Bucarest ayant adopté le programme libanais et accueillant, ensemble, plus de 700 élèves de diverses nationalités. Le Liban reste ainsi fidèle à sa réputation en termes de promotion de l’éducation et du savoir, lui valant la reconnaissance des autres Etats.
Rédaction : Quel est le poids de la communauté libanaise en Roumanie ?
Ambassadeur : La communauté libanaise est très active dans l’ensemble des secteurs de l’économie en Roumanie. Riche de quelques 2300 personnes, auxquelles il faudrait ajouter les binationaux (titulaires de la nationalité roumaine ou autre, ce qui au Liban, terre d’émigration, est une chose commune), cette communauté occupe une place de choix dans le tissu économique roumain. Plus de 3000 entreprises libanaises sont présentes sur le marché roumain. Il est difficile de fournir des chiffres exacts du fait que certains investisseurs libanais sont naturalisés roumains, et deviennent selon les statistiques des investisseurs roumains. Leurs investissements ne figurent donc plus au titre des investissements libanais. Parallèlement, d’autres investisseurs libanais sont en joint-venture avec des sociétés européennes ou américaines installées sur le territoire roumain. Les investissements libanais portent sur les secteurs éducatif, agricole, industriel, du commerce, de la téléphonie mobile et des services. Même si traditionnellement les libanais installés en Roumanie ont conforté leur réputation en jouant un rôle de premier ordre dans les métiers du commerce, leur présence dans le secteur de l’agriculture est en forte croissance. Implantés dans l’hôtellerie et la restauration, ils pérennisent ainsi une longue réputation d’accueil et de convivialité. Enfin, et là aussi les investisseurs libanais restent fidèles à leur réputation, la Banque du Liban et de l’Outre Mer, première banque au Liban, vient d’acquérir la Misr Romanian Bank, et s’est installée sur le marché dans une attitude qui confirme selon nous que la Roumanie, au-delà de son secteur bancaire, demeure un pays à l’avenir prometteur.
Rédaction : Pouvez-vous nous parler des actions auxquelles le Liban participe dans le cadre des activités précédant le Sommet de la Francophonie ?
Ambassadeur : L’organisation du XI ème Sommet de la Francophonie à Bucarest permettra à la Roumanie de promouvoir sa richesse culturelle et sa diversité. Placé sous le thème des technologies de l’information au service du savoir et de l’éducation, cet événement saura mobiliser les créateurs roumains ainsi que les techniciens de ce pays ami dont les qualités et les compétences jouent un rôle inestimable dans la transition du pays.
Convaincu de l’importance que la Roumanie accorde à la réception du Sommet de la Francophonie, et partant, d’une part, de l’attachement du Liban à la Francophonie et à ses valeurs et d’autre part, des liens qui unissent nos deux pays, le Liban s’investit pleinement dans les activités culturelles et économiques qui précèdent le Sommet. Ainsi, le Liban a été l’invité d’honneur au Festival du Film Francophone de Bucarest entre le 21 et le 28 février 2006. Nous avons également participé au Festival du Film de femmes organisé au début du mois de mars par l’Institut Français de Bucarest. Le Liban a également été présent dans les forums organisés dans le cadre des Etats Généraux de la Francophonie. Ainsi nous étions le seul « pays du sud » à participer à la table ronde consacrée au soutien et à la protection des produits culturels. Le Liban était également présent lors du grand concert donné le 20 mars pour célébrer les 20 ans de Sommets de la Francophonie. La troupe qui a accompagné à cette occasion Nahawand, la chanteuse libanaise, comptait en son sein un guitariste roumain, symbolisant en quelque sorte la complémentarité entre les deux pays. L’ambassade s’implique également dans les activités organisées par le Commissariat Général à la Francophonie et dédiées à la presse, à l’édition, à l’artisanat, au tourisme et au secteur universitaire. L’animation d’un stand libanais au sein du Village de la Francophonie (entre le 23 septembre et le 1 er octobre) est également au programme. De plus, une délégation d’hommes et de femmes d’affaires libanais participera aux activités prévues dans le cadre du Forum Francophone des Affaires qui se tiendra à la marge du Sommet. La participation du secteur privé témoignera de l’importance que le Liban accorde à la promotion des échanges et à la consolidation des liens entre les deux pays.
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