FRANCOPHONIE ROUMANIE 2006
 

 

RFI invite Ionesco à Bucarest

A l’occasion du XIe Sommet de la Francophonie, RFI et RFI Roumanie ont présenté au théâtre Odéon de Bucarest

La Cantatrice chauve, première pièce d’Eugène Ionesco

 

“Présenter La Cantatrice chauve dans le cadre du Sommet de la Francophonie en Roumanie, patrie d’origine d’Eugène Ionesco, c’est pour moi un événement symbolique très fort. C’est une sorte de retour aux sources. C’est une nouvelle rencontre avec Ionesco, avec le monde de Ionesco qu ’on sentait vivre très fort dans sa tête. Je salue pour cela l’initiative de RFI .“ Nicolas Bataille

Les comédiens du théâtre parisien de la Huchette, après 50 ans de représentations continues à Paris, ont joué en Roumanie, patrie d’origine d’Eugène Ionesco, en présence du metteur en scène et créateur de la pièce, Nicolas Bataille.

Le dernier a mis en scène la pièce en 1950 aux côtés de Ionesco au théâtre des Noctambules. Elle est devenue un cas unique dans l'histoire du théâtre français, car après les Noctambules, elle fut reprise en 1957 au Théâtre de la Huchette, où elle se joue sans interruption depuis cette date.

C’est la première fois que le Théâtre de la Huchette se déplace à Bucarest.

La francophonie a généré d’immenses talents. Eugène Ionesco est de ceux-là. A l’occasion du Sommet de Bucarest, RFI a souhaité lui rendre hommage en présentant au public roumain, dont on connaît l’amour à la fois pour le théâtre et pour la langue française, une des pièces les plus représentatives de son œuvre.

Eugène Ionesco est né en Roumanie, à Slatina, le 26 novembre 1909. D’origine française par sa mère, après douze ans passé à Paris, il fréquente la faculté de lettres de Bucarest. Il enseigne le français, devient critique littéraire avant de revenir à Paris, avec une bourse de l’Institut français de Bucarest, pour préparer une thèse de doctorat sur le thème du péché et de la mort dans la poésie française depuis Baudelaire. Il ne quittera plus la France.

C’est en 1949 qu’il écrit sa première pièce, La Cantatrice Chauve, qui donnera lieu à de nombreux débats.

"Heureusement, nous n’entendrons plus jamais parler de M. Ionesco”, annonce un critique, à l’issue des premières représentations de La Cantatrice Chauve en mai 1950. De tels jugements vont installer durablement Ionesco dans une situation de mystificateur aux yeux du public.

Pour Ionesco, La Cantatrice chauve était “une parodie du théâtre de boulevard, une parodie du théâtre tout court, une critique des clichés de langage et du comportement automatique des gens ; elle était aussi l’expression d’un sentiment de l’insolite dans le quotidien, un insolite qui se révèle à l’intérieur même de la banalité la plus usée…”

Ses pièces sont entre autres des “tentatives d’un fonctionnement à vide du mécanisme du théâtre. Essai d’un texte abstrait ou non figuratif... Pousser le burlesque à son extrême limite. Là, un léger coup de pouce, un glissement imperceptible et l’on se retrouve dans le tragique. C’est un tour de prestidigitation. Le passage du burlesque au tragique doit se faire sans que le public s’en aperçoive.”

Jacques Lemarchand, dans Le Figaro Littéraire, souligne la nouveauté et l’importance de cette création : "Le théâtre d’Eugène Ionesco est assurément le plus étrange et le plus spontané que nous ait révélé notre après-guerre". Cette première reconnaissance déclenche un débat de fond qui durera vingt ans, avant que Jean-Louis Barrault ne lui fasse franchir le pas en programmant en janvier 1960, Le Rhinocéros dès sa première saison à l’Odéon-Théâtre de France.

Et démentant les critiques, Eugène Ionesco s’est imposé, de pièce en pièce, comme une des grandes figures de l’art dramatique français du XX e siècle. Il est reçu à l’Académie française en 1970.

Il meurt à Paris le 28 mars 1994.

Marilena BADEA en collaboration avec Pablo GRANDJEAN, correspondant Groupe Portail Roumanie à Paris