FRANCOPHONIE ROUMANIE 2006
Photos abri social Bucarest
   
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L'association Samusocial din România est une organisation non gouvernementale roumaine crée en janvier 2004 sous l'égide du Samusocial International et selon leur Charte. L'association a repris et développé un projet mené par Médecins Sans Fronitères depuis 1998 pour les personnes adultes sans abris de Bucarest.
 
Le Samu Social de Paris, comme son nom l’indique a été créé à l’instar du SAMU pour traiter par l’abord de l’URGENCE les situations de grande détresse ou d’abandon qui mettent en péril l’intégrité physique et psychique de la personne.

 

Exemple de collaboration réussie entre Paris et Bucarest : le Samu Social
 

interview avec Madame Isabelle Duportal, Directeur du Samu Social de Bucarest

 

Rédaction : Quel est votre rôle dans l’association SamuSocial Roumanie et dans quels projets vous vous êtes impliquée jusqu’à présent ?

SamuSocial : Je suis directrice exécutive de l’association. A Paris, j’ai travaillé pendant deux ans dans une association d’aide aux personnes en situation de grande précarité. J’ai ouvert deux centres : un centre de soins palliatifs pour personnes en fin de vie en situation de précarité sociale. Et un centre d’hébergement d’urgence avec soins infirmiers : c’est en fait un centre de convalescence pour personnes sans domiciles, qui ont besoin de soins médicaux légers, mais qui ne peuvent pas rester à la rue : récupération d’une fracture, soins dermatologiques, épuisement, récupération après une opération chirurgicale…

Rédaction : Depuis votre arrivée en Roumanie, comment voyez-vous une évolution des politiques, organismes, associations dans le domaine social ? Y a-t-il une amélioration et une évolution ?

SamuSocial : Mon arrivée en Roumanie est très récente (8 mois), et je ne peux pas constater d’évolution très marquante. Je peux seulement dire depuis 1997 que les autorités locales ont admis qu’il existe un problème des sans-abris à Bucarest et que certaines d’entre elles ont commencé à s’impliquer. 3 mairies de secteur (1.2.3) ont ouvert des hébergements, et la Mairie Capitale a mis un terrain à disposition du Samusocial pour y construire un centre d’hébergement.

Cependant il existe un trop grand décalage entre l’aide apportée aux enfants des rues et celle apportée aux adultes ; encore trop infime.

Par ailleurs, la politique de santé doit absolument être modifiée, et par un système de solidarité, financer l’assurance médicale aux plus démunis. Les sans abris n’ont pas accès au système sanitaire de droit commun et leur état de santé est dramatique. Aujourd’hui à Bucarest, presqu’une personne par jour meurt dans la rue, faute de soins. Nous arrivons tout de même à collaborer avec certains hôpitaux et médecins qui connaissent notre travail, mais ils doivent eux même faire des entorses au règlement pour soigner nos bénéficiaires ce qui n’est pas normal.

D’un point de vue de la philosophie de l’aide sociale, elle est encore trop axée sur l’absolue nécessité d’une réintégration rapide des personnes de la rue, il faut savoir que le temps de réintégration d’une personne est 4 fois supérieur au temps qu’elle a passé dans la rue. Un parcours d’intégration est constitué souvent d’échecs. Des services gratuits, néconditionnels et permanents sont indispensables pour amener les personnes totalement désocialisées vers le soin, puis à long terme vers la réintégration. La vie dans la rue cause des dégâts psychiques (perte des repères spatio temporels) qu’il faut prendre en compte lorsqu’on imagine des services destinés à ces personnes. On ne peut pas partir du principe qu’elles ont le même raisonnement, la même volonté que des personnes incluses. Si on applique ce principe, on les exclut de fait des services. Le programme national de lutte contre la TBC par exemple est conçu pour des personnes ayant tous leurs repères dans le temps et dans l’espace : il est prévu un traitement gratuit en ambulatoire pendant 8 mois, pendant lequel le patient doit lui-même se rendre au dispensaire chercher son traitement. Or, l’incidence de la TBC chez les sans-abris est de 40 fois supérieure à celle de la population normale. Ceci s’explique par le fait que les personnes désocialisées ne peuvent plus s’occuper de leur état de santé, ne savent plus quel jour on est dans la semaine et sont incapables de suivre un traitement aussi long lorsqu’ils vivent dans la rue, même s’il est gratuit.

Rédaction : Ressentez-vous une meilleure sensibilité et perception parmi la population en ce qui concerne le domaine social ?

SamuSocial : Je remarque que les citoyens roumains ont un discours souvent sévère sur les personnes sans-abri, on les appelle les « boschettari » ou les vagabonds. On considère que la grande majorité est responsable de ce qui lui est arrivé. Mais si le discours « politique » est strict, les roumains ont individuellement une attitude généreuse : les personnes donnent beaucoup la pièce dans la rue aux mendiants. Certains de nos bénéficiaires sont abrités dans des garages ou des jardins de particuliers qui leur offrent de la nourriture, des vêtements ou des couvertures. Dans les faits, les roumains prennent soin des personnes faibles qui vivent dans leur entourage.

Rédaction : Quelle est la connexion entre SamuSocial et Médecins sans Frontières ?

SamuSocial : Samusocial de Roumanie a repris le projet déroulé par MSF le 4.01.2004. MSF ne reste jamais indéfiniment dans un pays, mais essaye de le faire reprendre par une association locale.

Rédaction : Quels sont les projets à venir ?

SamuSocial : grands projets pour 2006 – 2007 : L’ouverture d’un grand centre d’accueil de jour où les personnes pourront consulter gratuitement un médecin, assistant social, psychologue et recevoir des médicaments ; mais aussi profiter d’un espace hygiène, d’activités occupationnelles… L’ouverture d’un centre d’hébergement d’urgence de 30 places entre Gare du Nord et Orhideea pour début 2007, ou les personnes pourront dormir une nuit.

 

L’Initiative d’un ONG Francophone en Roumanie

 Samusocial de Roumanie impliqué dans le projet « abri social de nuit pour les gens de la rue »

Quand l’a-t-on inauguré ?

Le 28 février 2006, un jour avant la fête du Martisor, quand il neigeait et le vent était fort, exactement le moment où des gens marginalisés meurent de froid dans les rues de Bucarest, on a inauguré dans la capitale de la Roumanie, enfin, un abri social de nuit pour les gens de la rue.

Qui a été impliqué dans ce projet?

Tout a été possible avec la collaboration de la Mairie du 2 ème Arrondissement de Bucarest, l’Organisation Suédoise d’Aide Humanitaire Individuel I.M. et l’Organisation Samusocial de Roumanie.

Comment agir ?

Il y a 4 étapes :

L'entrée en contact avec les personnes les plus exclues ; sans doute l'étape la plus importante qui demande beaucoup de patience et de diplomatie de la part des équipes mobiles pour acquérir la confiance de la personne.

L'évaluation : toutes les équipes sont pluridisciplinaires : elles sont constituées d'un chauffer animateur, d'un médecin ou d'une infirmière et d'un travailleur social. Les professionnels font une évaluation globale de la personne pour identifier au mieux ses besoins et une orientation possible.

La mise à l'abri : après cette évaluation, les équipes peuvent décider avec la personne de l'emmener dans un centre d'hébergement d'urgence lorsque c'est possible.

L'orientation : le Samusocial ne prend en charge les personnes qu'au niveau de l'urgence, les équipes doivent ensuite pouvoir orienter les bénéficiaires vers d'autres structures « post-urgence ».

Du point de vue médical ?

La majorité des personnes adultes sans-abri n'est pas couverte par une assurance maladie. Ainsi, hormis le travail effectué par nos équipes, une personne adulte sans-abri n'a accès aux services de santé de droit commun qu'en cas d'urgence médicale.

A Bucarest, Samusocial Roumanie (et avant Médecins sans Frontières) a déjà accordé de l’assistance à plus de 3500 personnes. Chaque année, Samusocial Roumanie offre 7000 consultations médicales, plus de 4000 consultations sociales et 500 consultations psychologiques.

En conclusion ?

Le Samusocial est un dispositif qui se porte à la rencontre des personnes à l'abandon, qui ne demandent plus rien. A la dérive, elles ont perdu les repères du temps, de l'espace, du corps et se trouvent donc en grand danger sur le plan médical, psychologique et social. Il s'agit donc de leur offrir une aide généraliste médico-psycho-sociale pour permettre une prise en compte globale de leur problématique.

Le projet de construction et d’aménagement d’un Abri social d’urgence pour les adultes était d’une grande nécessité à Bucarest, où les autorités ont identifié environ 5000 personnes dans cette situation. Il faut préciser que Samusocial Roumanie est directement impliqué dans le management de cet abri social.