Rédaction : Quel est votre rôle dans l’association SamuSocial Roumanie et dans quels projets vous vous êtes impliquée jusqu’à présent ?
SamuSocial : Je suis directrice exécutive de l’association. A Paris, j’ai travaillé pendant deux ans dans une association d’aide aux personnes en situation de grande précarité. J’ai ouvert deux centres : un centre de soins palliatifs pour personnes en fin de vie en situation de précarité sociale. Et un centre d’hébergement d’urgence avec soins infirmiers : c’est en fait un centre de convalescence pour personnes sans domiciles, qui ont besoin de soins médicaux légers, mais qui ne peuvent pas rester à la rue : récupération d’une fracture, soins dermatologiques, épuisement, récupération après une opération chirurgicale…
Rédaction : Depuis votre arrivée en Roumanie, comment voyez-vous une évolution des politiques, organismes, associations dans le domaine social ? Y a-t-il une amélioration et une évolution ?
SamuSocial : Mon arrivée en Roumanie est très récente (8 mois), et je ne peux pas constater d’évolution très marquante. Je peux seulement dire depuis 1997 que les autorités locales ont admis qu’il existe un problème des sans-abris à Bucarest et que certaines d’entre elles ont commencé à s’impliquer. 3 mairies de secteur (1.2.3) ont ouvert des hébergements, et la Mairie Capitale a mis un terrain à disposition du Samusocial pour y construire un centre d’hébergement.
Cependant il existe un trop grand décalage entre l’aide apportée aux enfants des rues et celle apportée aux adultes ; encore trop infime.
Par ailleurs, la politique de santé doit absolument être modifiée, et par un système de solidarité, financer l’assurance médicale aux plus démunis. Les sans abris n’ont pas accès au système sanitaire de droit commun et leur état de santé est dramatique. Aujourd’hui à Bucarest, presqu’une personne par jour meurt dans la rue, faute de soins. Nous arrivons tout de même à collaborer avec certains hôpitaux et médecins qui connaissent notre travail, mais ils doivent eux même faire des entorses au règlement pour soigner nos bénéficiaires ce qui n’est pas normal.
D’un point de vue de la philosophie de l’aide sociale, elle est encore trop axée sur l’absolue nécessité d’une réintégration rapide des personnes de la rue, il faut savoir que le temps de réintégration d’une personne est 4 fois supérieur au temps qu’elle a passé dans la rue. Un parcours d’intégration est constitué souvent d’échecs. Des services gratuits, néconditionnels et permanents sont indispensables pour amener les personnes totalement désocialisées vers le soin, puis à long terme vers la réintégration. La vie dans la rue cause des dégâts psychiques (perte des repères spatio temporels) qu’il faut prendre en compte lorsqu’on imagine des services destinés à ces personnes. On ne peut pas partir du principe qu’elles ont le même raisonnement, la même volonté que des personnes incluses. Si on applique ce principe, on les exclut de fait des services. Le programme national de lutte contre la TBC par exemple est conçu pour des personnes ayant tous leurs repères dans le temps et dans l’espace : il est prévu un traitement gratuit en ambulatoire pendant 8 mois, pendant lequel le patient doit lui-même se rendre au dispensaire chercher son traitement. Or, l’incidence de la TBC chez les sans-abris est de 40 fois supérieure à celle de la population normale. Ceci s’explique par le fait que les personnes désocialisées ne peuvent plus s’occuper de leur état de santé, ne savent plus quel jour on est dans la semaine et sont incapables de suivre un traitement aussi long lorsqu’ils vivent dans la rue, même s’il est gratuit.
Rédaction : Ressentez-vous une meilleure sensibilité et perception parmi la population en ce qui concerne le domaine social ?
SamuSocial : Je remarque que les citoyens roumains ont un discours souvent sévère sur les personnes sans-abri, on les appelle les « boschettari » ou les vagabonds. On considère que la grande majorité est responsable de ce qui lui est arrivé. Mais si le discours « politique » est strict, les roumains ont individuellement une attitude généreuse : les personnes donnent beaucoup la pièce dans la rue aux mendiants. Certains de nos bénéficiaires sont abrités dans des garages ou des jardins de particuliers qui leur offrent de la nourriture, des vêtements ou des couvertures. Dans les faits, les roumains prennent soin des personnes faibles qui vivent dans leur entourage.
Rédaction : Quelle est la connexion entre SamuSocial et Médecins sans Frontières ?
SamuSocial : Samusocial de Roumanie a repris le projet déroulé par MSF le 4.01.2004. MSF ne reste jamais indéfiniment dans un pays, mais essaye de le faire reprendre par une association locale.
Rédaction : Quels sont les projets à venir ?
SamuSocial : grands projets pour 2006 – 2007 : L’ouverture d’un grand centre d’accueil de jour où les personnes pourront consulter gratuitement un médecin, assistant social, psychologue et recevoir des médicaments ; mais aussi profiter d’un espace hygiène, d’activités occupationnelles… L’ouverture d’un centre d’hébergement d’urgence de 30 places entre Gare du Nord et Orhideea pour début 2007, ou les personnes pourront dormir une nuit.
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