FRANCOPHONIE ROUMANIE 2006
La Wallonie
Les événements
 
Bucarest, humour
Le 19 mars 2006 à 19H00 au Théâtre Ion Creanga, spectacle Ma Déclaration d’humour de Bruno Coppens, humoriste
 
 
 
 
 
Les sociétés Wallones
   
 
 
 
 

 

la Délégation Wallonie-Bruxelles à Bucarest
Par Monsieur Daniel SOTIAUX

Délégué Wallonie-Bruxelles

 
TINTIN et MILOU sont désormais en Roumanie
Rédaction : une des dernières initiatives émanant de Belgique est la sortie en Roumanie de premiers albums de Tintin et Milou : en êtes vous content et pourquoi ?

Monsieur Daniel SOTIAUX : Tout d’abord il convient de rappeler que l’initiative d’éditer les albums de Tintin en langue roumaine revient à un éditeur, M Szakvary des Editions M.M. Europe.

Il est bien évident que, en tant que représentant en Roumanie du Gouvernement de la Communauté française Wallonie-Bruxelles (= soit le Gouvernement des francophones de Belgique dans la Belgique fédéralisée), je ne puis qu’être heureux de cette initiative d’autant que les albums publiés sont de grande qualité.

Rédaction : en quoi Tintin représente t-il la « belgitude », est-il universel et Bruxellois ? qu’est ce qui le caractérise ?

Monsieur Daniel SOTIAUX : je crois fermement que l’œuvre d’Hergé est exemplaire en ce sens qu’elle permet de nombreux niveaux de lecture. Pour un Bruxellois, les albums sont riches de références très régionales au niveau de la langue notamment. Mais ce localisme n’empêche pas loin s’en faut que ces ouvrages procurent du plaisir aux publics non versés dans la culture bruxelloise. Mieux même ces publics ne se rendent même pas compte que ces différents nivaux de lecture sont superposés.
A bien y réfléchir je me demande s’il existe une autre œuvre que celle d’Hergé qui soit aussi universelle (les signes « inventés » par Hergé, comme sa célèbre fusée qui emportera ses héros sur la lune sont « lisibles » sur tout les continents) tout en étant en même temps aussi locale. On touche là l’essence de l’art : créer sens pour le monde au départ de d’expériences singulières et originales.

Rédaction : la Communauté Française de Belgique peut-elle se présenter avantageusement aux roumains avec ce héros modeste et toujours triomphant ?

Monsieur Daniel SOTIAUX : Il ne s’agit évidemment pas d’utiliser Tintin et la bande dessinée pour promouvoir des institutions. Comme il y a plusieurs niveaux de lecture dans les albums, il y aura forcément plusieurs types de public. Pour certains le lien entre Tintin et la Belgique ne sera jamais connu. Pour d’autres une certaine reconnaissance se fera. Ce qui est essentiel c’est faire connaître une œuvre de qualité qui fait partie du patrimoine universel. Il était dès lors impossible que cette œuvre ne soit pas connue et publiée en Roumanie. C’est fait aujourd’hui : l’œuvre traduite est disponible et va vivre d’une certaine façon de « Nouvelles aventures », car l’art n’appartient pas. Ou plutôt il appartient à tous ceux qui l’appréhendent. 

Rédaction : vous êtes un expert de Tintin : y a t-il des liens entre Hergé, les aventures de Tintin et la Roumanie ?

Monsieur Daniel SOTIAUX : Dodo Nità, Président de l’Association des bédéphiles de Roumanie, un homme qui œuvre inlassablement à la promotion de la BD de qualité et qui a créé et anime le Salon de la Bande dessinée en Roumanie (16 ième édition en 2006), grand spécialiste de Tintin a écrit un très intéressant ouvrage qui suit les pistes de Tintin en Roumanie. Pour lui il n’y a aucun doute : Hergé connaissait la Roumanie et s’en est inspirée pour situer quelques unes des aventures de son héros. Ainsi, pour Dodo Nità, les noms des Etats qui se disputent territoires et suprématie régionale, la Bordurie et la Syldavie, seraient directement influencés des noms authentiques comme celui de la Transylvanie. La démonstration d Dodo Nità est très convaincante, mais il faut aussi reconnaître que si des traces peuvent être trouvées il n’y a pas d’album spécifiquement dédié à la Roumanie nommée en tant que telle. C’est d’ailleurs une des caractéristiques de l’évolution de l’œuvre d’Hergé. Au départ il situe les aventures de son reporter dans des pays très identifiés (Russie, Congo, Amérique, Chine). Puis le lieu des aventures est déterritorialisé : le fond des mers, la lune, des pays imaginaires comme la Bordurie et la Syldavie. Le dernier grand album de Tintin « Tintin et les bijoux de la Castafiore » (j’aime moins, « Vol 647 pour Sydney » - encore pourrait-on dire avec l’introduction de la SF et des extraterrestres que cet album est en quelque sorte « hors du monde »- et « Tintin et les Picaros ») quant à lui pousse le plus loin possible la neutralité du lieu de l’aventure puisque elle se déroule à Moulinsart même, dans le château qu’habite Tintin.
Et, dernier clin d’œil, le dernier album, l’inachevé « Alph’art » aurait dû se dérouler dans le monde de l’art.

Une aventure dans l’univers même de la création ! La dispersion aurait été totale.